La campagne Pleins feux sur les créateurs a préparé une lettre ouverte à la ministre du Patrimoine canadien, Mme Mélanie Joly.

Madame la ministre,

Nous sommes les musiciens, auteurs-compositeurs, compositeurs, auteurs, poètes, dramaturges, compositeurs de musique de film, acteurs et réalisateurs du Canada – une classe créative d’artistes et d’entrepreneurs qui ont façonné l’image de notre pays. Nous l’avons fait grâce à la créativité, à l’innovation et à notre travail acharné. Pourtant, au point de vue économique, nous sommes plus mal en point aujourd’hui que nous l’étions dans les années 1990.

Nous sommes une collection variée, passionnée et fièrement canadienne de diseurs d’histoires innovants qui ont des racines partout dans le monde. Nos œuvres racontent au monde entier des histoires typiquement canadiennes et aux Canadiens, des histoires qui se passent partout sur la planète. Elles rejoignent un public plus vaste que jamais. On peut y accéder en tout temps et en tout lieu à l’aide d’une application ou d’un téléphone.

Pourtant, alors que certains d’entre nous connaissent le succès, trop nombreux sont ceux qui se voient exclure du marché. L’artiste de classe moyenne est éliminé de l’économie canadienne. La créativité à plein temps est en voie de disparition.

Les musiciens et les auteurs ont ouvert la marche au moment où le Canada passait au numérique, mais nous devons nous battre aujourd’hui pour y gagner notre vie. Ce n’est pas faute d’essayer. Nous avons numérisé nos œuvres et appris à maîtriser Internet. Nous sommes devenus les gestionnaires de nos propres projets sur les réseaux sociaux. Nous nous connectons directement avec nos partisans et monétisons tout ce que nous pouvons. Comment donc expliquer qu’un nombre grandissant d’entre nous soyons forcés d’abandonner le travail de création? Et comment expliquer que les jeunes Canadiens et Canadiennes optent de plus en plus pour des parcours professionnels hors du secteur créatif?

Les lois et règlements soigneusement conçus des années 1990 visaient à assurer que tant les créateurs que les innovateurs technologiques canadiens puissent profiter des développements numériques. Nous espérions que les nouvelles technologies allaient enrichir à la fois les expériences culturelles des artistes et celles des consommateurs. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Ce qui s’est réellement produit, c’est que notre travail a de plus en plus été utilisé pour monétiser la technologie sans que les créateurs touchent de rémunération adéquate. Les revenus et les bénéfices liés à l’utilisation numérique de nos œuvres sont détournés de la classe créative pour être acheminés vers une industrie technologique concentrée. Le fait de permettre que cette tendance se poursuive réduirait de façon dramatique le nombre de Canadiens qui pourraient se permettre de « dire des histoires canadiennes », et encore moins de gagner raisonnablement leur vie par la même occasion.

Nous continuerons de faire de notre mieux pour réussir dans le paysage changeant de l’ère numérique, mais nous avons besoin de l’aide du gouvernement du Canada dès maintenant. Le Canada aura deux occasions majeures de se porter au secours des créateurs au cours de la prochaine année : l’adaptation de la politique culturelle présentement en cours à votre ministère et la révision quinquennale de la Loi sur le droit d’auteur, prévue en 2017.  Nous savons que vous comprenez l’importance culturelle de notre travail : nous espérons que vous en reconnaissez également la valeur et le rôle essentiel qu’il joue dans l’économie canadienne. Nous vous demandons de mettre les créateurs au cœur de la future politique.

Cordialement,

c.c. Le très honorable Justin Trudeau, c.p., député, premier ministre du Canada